7 avril 2017: Assemblée Générale

 

IMG_0765

Assemblée Générale du 7/04/2017- Extraits du rapport moral

2016 calqué sur 2015 : même nombre ou presque, de familles accueillies, une soixantaine, et environ même nombre de familles aidées financièrement, à savoir : 26.

Le SOS Familles Emmaüs de Cosne, est un des 57 du territoire national. Son objet : des actions de solidarité en aidant les familles à se libérer d’un endettement passager et/ou excessif : possible par une avance remboursable sans intérêts. Le paiement se fait directement au créancier. La personne accueillie doit avoir rencontré précédemment un travailleur social : une fiche de liaison ad hoc nous permet déjà d’avoir une première idée de sa situation. C’est surtout un temps d’écoute conséquent qui reste la condition indispensable pour mieux cerner et approfondir une situation.

Mais qu’entend-on par « familles » ? Le terme « familles » peut porter à confusion. C’est l’Abbé Pierre en 1967, qui, suite à l’expulsion de son logement d’une femme, décida de créer cette action. Son intervention publique et la création d’un SOS Familles Emmaüs font qu’aujourd’hui encore et de plus en plus souvent, viennent personnes isolées, femmes seules avec enfant(s) à charge, jeunes, parfois très jeunes, sans travail, en emploi précaire, et/ou en rupture familiale (lâchés par les parents ou séparés), adultes en situation de handicap, dont l’AAH ne suffit pas à répondre aux besoins vitaux mais qui interdit pourtant de (re)prendre un emploi, retraité(e)s ou pré-retraité(e)s aux ressources insuffisantes.

Les causes de cette impossibilité temporaire de répondre à un engagement financier trop lourd : en premier lieu, la précarisation grandissante du travail rend les revenus aléatoires. Le travail en intérim est devenu monnaie courante.

Un budget ainsi fragilisé ne permet pas, par exemple, la mensualisation de certaines charges qui pourraient ainsi être lissées sur l’année si le salaire était régulier. Conséquence : l’arrivée des dépenses contraintes, factures impossibles à honorer au vu d’un budget qui ne permet parfois de dégager qu’un reste à vivre de 1 à 3 euros, parfois moins, par personne et par jour. Les 1800 euros d’électricité à payer sous quinzaine attendront donc …. Avant de nous parvenir tôt ou tard.

Deuxième facteur de fragilisation budgétaire : après 4 ou 5 ans d’accalmie, les découverts bancaires avec leurs très coûteux dépassements. Une des raisons : le resserrement des règles du crédit à la consommation : crédit revolving, crédit revolver, selon le point de vue… Certes, on peut se réjouir que l’ex ministre Lagarde ait impulsé ce serrage de boulons en 2009, empêchant ainsi certains ménages de céder à la tentation d’une consommation indigeste. Mais alors, ce sont les banques qui engrangent encore plus de bénéfices lorsqu’un compte, déjà fragile, plonge dans le rouge. Nous arrive ainsi fréquemment une personne dont le relevé bancaire négatif date déjà d’une quinzaine. Le débit annoncé n’est donc déjà plus d’actualité, le trou s’est creusé à une vitesse vertigineuse, les débits et/ou prélèvements bloqués alourdissent encore la dette. Le recours au SOS est trop souvent un dernier recours : ce constat dure depuis des années et n’évolue pas.

D’autres facteurs qui fragilisent un budget : la santé par l’achat de médicaments non remboursables et/ou des soins qui nécessitent des déplacements onéreux.

Cause ou conséquence de ces à-coups, une rupture familiale vient dégrader la situation économique, notamment par le coût d’un déménagement, de la nécessité de se remeubler, d’assumer seul un nouveau loyer, un nouveau véhicule.

Répartition des aides 2016 : plus de la moitié des aides va, en ordre décroissant, en direction des découverts bancaires, du paiement de cautions et /ou de loyers d’avance ou en retard, ainsi que vers l’aide au permis de conduire ou à l’achat d’un véhicule. L’enjeu de cette aide à la mobilité vise à lever un frein à l’emploi pour des personnes déjà pénalisées géographiquement car vivant dans des endroits reculés de la Nièvre, de l’Yonne ou du Cher.

Nos principes de fonctionnement revendiquent la souplesse dans le traitement des dossiers. La plupart des autres associations privilégiant les aides matérielles, il est très rare qu’une dette trop lourde pour la capacité du SOS puisse être épongée à plusieurs. De plus, si le don a toute sa place dans un contexte où aucune autre solution n’est envisageable, SOS Familles Emmaüs mise surtout sur la capacité de la personne aidée à se responsabiliser et donc à rester debout lorsqu’elle aura fait la démarche de rembourser, aidant ainsi une autre personne. En remboursant, la personne fait elle-même acte de solidarité. La dignité auquel a droit tout un chacun reste intacte.

Quels remboursements ? Quelle évolution ?

En 2014, le remboursement des familles s’est élevé à 11 537 €.

En 2015, année noire : 8400 €.

En 2016 : 9750,14 € sur 15 460 €.

Les remboursements s’étalent selon les capacités de chacun et aucun dossier n’est considéré comme clos.

Et pourtant…. Il arrive plus souvent que la capacité de remboursement soit parfois nulle, ou que les dépenses soient supérieures aux ressources. C’est alors à ce stade que la collaboration avec la commission de solidarité de la communauté a ainsi permis plusieurs dons en 2016.

La question du montant de l’aide revient régulièrement lors de l’étude collective d’une demande. En effet, à aider à l’achat d’un véhicule à hauteur de 500 à 1000 €, ne prend on pas le risque ou ne le fait-on pas prendre à l’intéressé, de la voir revenir peu après, pour une demande similaire ? Les garages solidaires sont loin, à plus de 50 kms, au-delà de Bourges. Par ailleurs, la solution d’un micro-crédit, avec recours à un organisme bancaire qui prendra des intérêts, en est-elle vraiment une pour un budget plus que limité ? Mais…que faisons-nous si ce n’est du micro-crédit, sans intérêts, celui-là ?

D’où vient donc l’argent prêté ?

Petit retour sur image : le démarrage du SOS a été possible en 1999 par les sommes recueillies lors d’une itinérante de quelques mois : une itinérante, c’est-à-dire l’ouverture d’un bric-à-brac à Cosne, tenu par des compagnons venus d’ailleurs et des bénévoles très motivés.

La communauté Emmaüs Nièvre est, depuis, notre fidèle et confiant groupe de soutien, par un octroi mensuel qui contribue à permettre, avec les remboursements, de continuer l’action. Les recettes 2016 fait apparaître à part quasi égale la subvention mensuelle et le remboursement des familles.

Où vont les personnes non aidées financièrement, un peu moins de la moitié des personnes accueillies et écoutées ? Le fait de prendre le temps d’une vraie écoute, sans jugement autant que faire se peut, doit nous permettre chaque fois, d’apporter un ou plusieurs conseils, de réorienter avec des propositions, ou ébauches de solutions. On ne laisse jamais repartir quelqu’un sans.

Chaque situation requière des accueillants des qualités d’humilité, d’empathie, mais tout autant de sang-froid, pour trouver et garder la bonne distance. Cela reste donc un plus d’accueillir à deux.

Si l’accueil est fait par deux bénévoles, c’est de manière collégiale que les décisions se prennent dans les jours qui suivent, évitant ainsi l’arbitraire ou trop de subjectivité. Cette collégialité unanime est peut-être le secret de la durée de vie de l’association et de la fidélité de ses membres. SOS Familles Emmaüs privilégie le partage. De même, la convivialité n‘y est ni un luxe ni une mondanité, encore moins une obligation : c’est l’ingrédient qui permet de garder l’envie de faire ensemble. Les petits repas partagés sont l’occasion de retisser le lien. Dans la grande famille Emmaüs, on fait « ensemble ».

Cette solidarité locale n’est possible que par l’engagement concret, collectif d’amis bénévoles et tout autant par le travail quotidien des amis, compagnes et compagnons de la communauté. Merci à tous.


Marie-Noëlle Travers, 7 avril 2017.